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Intervention de Caroline David, près du centre fermé de Vottem, lors de la manifestation du CRACPE le dimanche 22 mars 2015

Bonjour à tous et à toutes,

Quand je suis venue pour la première fois à la manifestation il y a 2 ans, j’étais bien loin d’imaginer ce qui se passait derrière ces murs.

Impossible et impensable que l'on puisse encore de nos jours traiter des êtres humains de cette façon.

J’ai été bouleversée par ces petits bras anonymes balançant des draps blancs entre les barreaux des fenêtres.

Bouleversée par ces clôtures, ces barrières, ces barricades construites entre eux, et nous...

 Mais Comment cela se peut-il ? Qu’ont-ils bien pu faire pour se retrouver là ?  Réaction immédiate,  je me suis documentée, j’ai lu, j’ai regardé... et la réponse était simple : RIEN !! Ils n’ont rien fait. Ils ont cherché une vie meilleure, un peu de sécurité.

Coupables d'être nés du « mauvais côté de la planète ».  Qu’ils soient réfugiés économiques ou politique, leur seul but, c’est une vie meilleure.

A partir de cet instant, j'ai senti le besoin de passer au concret. J’ai donc rencontré France et nous avons beaucoup discuté... par mail, par téléphone ou de visu, et nous avons échangé sur mon questionnement : Que faire ? Comment faire ?! 

Le “marrainage “est très vite venu dans nos conversations et m'a semblé être la façon la plus adéquate,  la plus adaptée pour moi,  de rentrer dans l'action.

Je me suis lancée et j’ai eu mon premier filleul. JR, réfugié politique congolais depuis 4 ans en Belgique résidant en centre fermé depuis 1 mois. Le marrainage, c'est un soutien matériel : Apporter des revues, des cigarettes, une recharge de gsm, aider les démarches avec les avocats et autres complications administratives. Mais  être marraine, c'est surtout et avant tout apporter  une écoute, une aide, un soutien moral, un relais avec l'extérieur.

Tisser une relation qu'on sait éphémère, qui devait au départ durer quelques semaines, et qui s’est prolongée 5 mois... On sait quand ça commence, on ne sait pas quand ça fini. Ni comment ça fini. 

On fait connaissance avec les parloirs, on réserve une visite, et on s’entend dire qu’on a oublié de noter votre rendez-vous et qu’il faudra revenir une autre fois. Ou on vous laisse entrer, on vous laisse attendre longtemps, pour vous dire : « Monsieur ne viendra pas. Il est en isolement en vue d’un rapatriement » .

Des jolis mots qui signifient qu'il est au cachot en vue d’une expulsion...

Le choc quand on reçoit un appel qui dit : « Vite, il m’emmène au cachot, appelle France, appelle mon avocat !! ». .

Et c'est  là que tout prend sens.  Mais comment font-t-ils, tous les autres qui n’ont ni famille, ni parrain ni marraine ? A qui font-t-ils appel dans ces moments là ?

Et puis, il y a les parloirs, la fouille, les portes qui claquent derrière vous.

Et on réalise que  c’est pire qu’une prison.

Et puis j’ai écouté... l’espoir, le désespoir, la joie la tristesse, la peur..

  1. du : « Si on me renvoie chez moi, je vais être abattu comme un cochon... »  à «  J’en ai marre, je veux partir… je préfère avoir une balle dans la tête que de mourir ici à petit feu... »

Et puis il y a la fin... L'horrible, la déchirante, l'inhumaine.

Quatre jours de cachot avant, et un vol de  collectif, auquel il n’y a plus moyen d’échapper.

Le retour au pays. Seul et déraciné. Et là, la clandestinité. Et puis la maladie, puisqu’au centre, on lui a refusé les vaccins, pourtant obligatoires pour nous. Et là non plus, pas de liberté puisqu’il faut se cacher pour survivre.

Il me faudra du temps pour me remettre de cette rencontre, mais je suis prête maintenant à en vivre une autre.

Parce que ces moments là, on ne les oublie pas.

Une rencontre. Une personne unique. Un moment particulier. Une heure, dont tu profites de chaque minute.

Grâce à cette aventure, j'ai pris conscience de l'importance de chaque seconde de liberté, de chaque petit plaisir de la vie, de profiter de ma famille...

Mais aussi de l'injustice et de l'horreur de ce monde, fermé, clôturé, divisé en frontières infranchissables. 

Rien ne sera plus jamais comme avant.

Merci J.R.

Cette expérience m'a appris l'importance du soutien moral, d'une écoute, d'une oreille attentive...

Je pense souvent à tous ces « autres », seuls, loin de leur famille, qui attendent entre ces murs un avenir qu'ils savent condamné.

Alors, je sais que je suis sur le bon chemin.

Qu'être marraine ou parrain, c'est au final juste être humain.

Alors si vous aussi vous avez envie d'apporter un peu de votre cœur dans cette prison, faites-le. Une personne, une aide peut tout changer.

N'hésitez pas à venir me voir, à venir nous voir ...

Il faut continuer à se battre, à montrer qu'on n’est pas d'accord, à lutter  et à montrer à toutes ces victimes du monde d'aujourd'hui qu'elles ne sont pas seules, qu'on est, ici, pour les soutenir.

Venez, passez à l'acte, c'est plus facile qu'on le croit, et vous en ressortirez grandi, nourri, et conscient du chemin qu'il nous reste à faire pour parvenir à vivre dans un monde de paix, de partage, d'acceptation de l'autre ...

Simplement, un monde où l'on vivrait tous ensemble.

Merci pour votre écoute.