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Texte pour la conférence de presse CRACPE 17 mars 2015

 

Il est important de replacer la question des centres fermés pour étrangers  dans un cadre général qui est celui des politiques migratoires belge et européenne.

 

Paradoxe

 

Nous vivons dans une  ère marquée par  la mondialisation. Les marchandises circulent,  les nouvelles technologies élargissent les  frontières du monde connu par chacun. Et  pourtant les hommes et les femmes ne  peuvent circuler librement, il est de plus en plus difficile de franchir légalement les frontières, celles de l’ « Occident » en tout cas.

Pourtant les raisons de migrer sont de plus en plus nombreuses, à cause de crises multiples : guerres, catastrophes climatiques, dictatures et corruptions, Droits de l’Homme et droits des femmes bafoués, inégalité croissante des échanges Nord-Sud, effets de la dette du Tiers Monde…

En témoignent encore aujourd’hui la guerre en Syrie, la situation en Irak et en Afghanistan, en Ukraine, en Palestine etc. .

L’Union européenne répond à cela en fermant ses frontières : on n’octroie plus de visas, les forces militaires de Frontex patrouillent sur terre et sur mer pour arrêter les migrants en mouvement…

Il faut  cependant aussi souligner que la plupart des migrants se réfugient près de leur pays d’origine, les Syriens sont plus de deux  millions en Turquie, en Jordanie, Liban, Irak, Egypte. Un peu plus de 2000 ont demandé l’asile en Belgique…

La fermeture des frontières de l’Europe forteresse  a de graves conséquences : de nombreux migrants meurent en cherchant malgré tout à gagner l’Europe par des voies de plus en plus  hasardeuses et dangereuses: 20.000 morts de 2000 à 2014.

Pour nous, la liberté de circulation, le droit de s’établir dans un autre pays, de vivre en sécurité, avec sa famille, sont des droits humains fondamentaux à respecter.

Politique belge en matière d’asile et d’immigration depuis les années 90 et conséquences.

 

Qu’avons-nous connu ces dernières années en Belgique, en lien avec cette politique migratoire de l’Union Européenne ? Une politique restrictive en matière d’asile, un stop à l’immigration économique légale, et la multiplication des centres fermés pour étrangers depuis 1991, avec en corollaire, l’augmentation du nombre d’expulsions…

Ce refus d’octroyer un titre de séjour a engendré un développement de la précarité des migrants et de la surexploitation par des réseaux de travail clandestins (construction, agriculture, Horeca, services aux personnes, nettoyage…) créant de nouvelles catégories de personnes, de travailleurs, sans droits.

 

 Les mobilisations citoyennes et celles des sans papiers ont eu des résultats

 Depuis 1997, le CRACPE se bat contre le centre fermé de Vottem. La grande manifestation liégeoise de janvier 2006 a été un des éléments décisifs dans le processus qui a mis fin au processus d’enfermement des enfants en centre fermé. Il n’y a plus d’enfants en centre fermé depuis 2009 (amorcé en 2008).

 Suite aux multiples actions et mouvements des sans papiers qui avaient obtenu un soutien grandissant, de citoyennes et citoyens, d’associations, d’organisations politiques, une opération ponctuelle de régularisation a eu  lieu en 2009, sur base de l’ancrage local durable, et de l’obtention d’un contrat de travail (ce dernier point n’a pas bien fonctionné). On estime à 30.000 le nombre personnes régularisées suite à ces instructions de régularisation ; cependant beaucoup sont  quand même restées sur le carreau parce que des pièces manquaient pour valider les demandes, ou dans le cadre de la régularisation par le travail.

Le durcissement de la politique belge en matière d’asile et d’immigration opéré par le gouvernement précédent et amplifié par l’actuel

 Le gouvernement mis en place en 2011 s’est empressé de jeter les instructions de régularisation de 2009 à la poubelle, et  aujourd’hui il n’y a toujours pas de critères clairs de régularisation, ni  de commission permanente de régularisation indépendante de l’Office des Etrangers (revendication des mouvements de sans papiers).

La situation est tout-à-fait catastrophique. En 2013, seuls environ 25% des demandeurs d'asile ont obtenu un statut de réfugié ou la protection subsidiaire (protection en cas de guerre dans le pays d'origine).  Le taux de  régularisation pour raison humanitaire ou médicale n’a  fait que chuter : 6% de réponses positives pour toutes les demandes traitées en 2013 ! Des personnes qui ont bénéficié de formations en Belgique, qui travaillent, sont expulsées. Des personnes gravement malades, par exemple séropositives, sont renvoyées dans des pays où elles n'auront pas accès aux soins nécessaires. Des conjoints ne peuvent se rejoindre, des enfants sont séparés de leurs parents... Des familles sont expulsées alors que les enfants, scolarisés ici, ne connaissent bien qu'une de nos langues nationales... ou alors restent ici sans moyens de subsistance…

Le nombre de rapatriements forcés, mais aussi celui des retours dits "volontaires", ont fortement augmenté depuis l'opération de  régularisation de 2009, avec comme résultat 10439 éloignements en 2013, contre 7842 en 2009. (Rapport d’activités 2013 de l’Office des Etrangers).

En 2013, ce sont 6.287 personnes qui ont été enfermées en centre fermé, dont 973 au centre fermé de Vottem.

Aujourd’hui, nous voulons particulièrement dénoncer les mesures de Théo Franken, et le gouvernement actuel, qui stigmatisent, criminalisent à nouveau l'étranger.Le discours est clair ; les demandeurs d'asile et de titre de séjour sont des fraudeurs, il faut les pénaliser et les décourager: chasse aux cohabitations et mariages dits de complaisance, création de 100 places supplémentaires en centres fermés et prévision de 1000 rapatriements forcés de plus par an, un vol militaire chaque mois, limitation du nombre demandes d'asile qui peuvent être déposées, payement des titres de séjour...

Et surtout création de pavillons au 127 bis pour incarcérer à nouveau les familles avec enfants, ce qui n'existait plus depuis 2009, et ce alors que la Belgique a été condamnée à trois reprises  concernant la détention de mineurs par la Cour Européenne des Droits de l'Homme.

 L’aile « spéciale »de Vottem.

 

Les centres fermés restent des prisons qui cachent leur nom; ils exercent une violence quotidienne à l'égard des personnes qui y sont détenues. En effet, la détention a pour but de casser la résistance à l'expulsion. Cette violence atteint son paroxysme au moment de l'expulsion lorsque la personne est emmenée à l’avion: menottes, corps sanglé, entravé, coups, insultes... Des plaintes ont été déposées.

Depuis juillet 2014 a été ouverte à Vottem, suite  à une décision du précédent gouvernement, une aile "spéciale" pour les détenus considérés comme "ingérables" : ceux qui se rebellent, certains qui sortent de prison à qui on inflige une double peine, de grands malades qui devraient être soignés dans une institution adéquate...  Cette section permet de maintenir en isolement des personnes pendant des semaines, sans  aucune réglementation, c'est un cachot à grande échelle déguisé, la "prison dans la prison"  et la torture déguisée !

Plus que jamais, nous rappelons nos revendications et  soutenons les sans papiers qui ont repris leur combat pour la dignité !

 

$1Ø  suppression des centres fermés pour étrangers

$1Ø  arrêt immédiat des expulsions

$1Ø  pour une politique d'asile et d'immigration qui respecte les Droits Humains

$1Ø  pour une régularisation des sans papiers

      

   

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  2. www.cracpe.domainepublic.net